2016 Représences, Médiathèque L’Oiseau-Lyre, Marpent, France

L’exposition Représences rassemble les toutes dernières réalisations de l’artiste Kasia Ozga, créées entre 2012 et 2016 et montrées pour la première fois au grand public. Ces sculptures, réalisées à partir de bois de récupération et de béton, représentent la présence des corps humains dans des environnements urbains. Volontairement antihéroïques, ces corps visent à tenir debout, malgré des armatures qui mettent en avant les défaillances de ces corps évoqués. Pour Représences, Kasia Ozga réunit deux séries différentes ainsi que des sculptures individuelles.

La séquence la plus récente, Ordures (2016) comporte 5 grandes œuvres en bois réalisées à partir des tilleuls coupés dans le cadre d’un réaménagement des espaces verts au sein de la cité des Francs-Moisins, Saint-Denis. Chaque œuvre montre deux « couples » de sacs-poubelle noirs (la surface n’est pas peinte, mais recouverte par une patine d’huile de moteur usagée) ayants des rapports différents entre eux (superposés, appuyés les uns contre les autres, etc..). Pourquoi sculpter des sacs-poubelle ?

Ce geste, apparemment absurde, vise à poser la question de ce qu’on représente dans l’art contemporain, et pourquoi. Un jour, devant son atelier, Ozga aperçut des ouvriers en train de couper les vieux arbres pour replanter de jeunes plants. L’action l’a étonnée. Elle a décidé de représenter ce qu’elle avait compris littéralement : l’idée de traiter ces troncs comme des déchets de la vie quotidienne.

À bras-le-corps (2015) est une série de sculptures en béton (un mélange de ciment et de cailloux trouvés par terre à Saint Denis) avec des armatures créées à partir de chutes des tiges en acier et aluminium. Ces bras dégonflés sont réalisés à partir de moulages d’une seule et même main tendue, sculptée d’abord en argile. Chaque sculpture est exposée sur un socle minimaliste et représente une étape du travail menant à la destruction de la matrice du moulage en élastomère. Au lieu de tendre à la copie parfaite de l’original,

Ozga met en place un protocole où la forme de la sculpture suit la volonté de la matière de construction qui engloutit la forme initiale. Le titre évoque une attitude qui va à l’encontre des formes couchées voire écrasées par le poids de leur propre matière ; ainsi, les bras se manifestent en même temps qu’ils n’arrivent pas littéralement à se lever.

Les trois dernières œuvres de l’exposition, Guéridon, Bouche-à-bouche, et Cartographie Personnelle, sont créées à partir de morceaux de bois collés entre eux et ensuite sculptés. Guéridon (2012) est une table murale réalisée dans des chûtes d’anciens meubles jetés dans les rues de Paris.

Alors que le guéridon est un meuble élégant souvent associé au style Louis XVI, ici des strates du bois « noble » et du bois médium de basse qualité sont superposées sans différentiation et l’ensemble est recouvert par un vernis pour bateaux. Cet anti-meuble est plus décoratif que fonctionnel ; les « pieds » de cette table n’arrivent pas à porter le poids de l’ensemble sauf si celle-ci est posée contre le mur. Comme l’œuvre Umbilical de l’artiste Janine Antoni, Bouche-à-bouche (2014) montre l’espace vide à l’intérieur d’une bouche humaine.

Cependant, au lieu d’être réalisée à partir d’un moulage direct, l’œuvre est exposée sur une plaque en acier et sculptée à partir de bouchons en liège naturels et synthétiques récupérés pendant 5 ans, collés entre eux et ensuite sculptés avec des ciseaux à bois. La sculpture même devient un gros bouchon qui remplit la bouche et l’empêche de parler et de manger ; sans son propre espace vide, la bouche ne fonctionne pas. Cartographie personnelle est une sculpture plus ancienne (2012) en forme de puzzle interactif exposé sur des tréteaux en pin et réalisé à partir de planches de contre-plaqué vernis et dessiné avec du crayon noir.

Les traits montrent les contours des villes et des pays où l’artiste a habité. En ignorant la taille réelle des lieux tracés et superposés, l’artiste souligne que l’édition des cartes n’est pas une tâche objective, mais plutôt à la fois personnelle et politique. Notre présence sur un territoire est d’abord vécue, avant d’être mesurée et cartographiée.

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